Le nucléaire est bon marché, le nucléaire est sûr c’est ce que nous ont répété en boucle EDF et nos gouvernements successifs – Atomic Mac mars 2016

La première affirmation : le nucléaire est bon marché a commencé à se fissurer quand la cour des comptes a réalisé une étude en 2011 sur les réels coûts de l’électricité nucléaire. Cette étude est assortie de nombreuses réserves comme par exemple les choix d’EDF et d’AREVA de minimiser souvent leurs coûts prévisionnels et de les relever ensuite quand la réalité ne peut plus être cachée : c’est le cas de L’EPR qui devait coûter environ 3 milliards et qui en coûtera 10 ou plus.

La cour nous invite donc à prendre le chiffrage auquel elle aboutit avec des pincettes : 49,5 € par mégawattheure pour les centrales en service actuellement.

Ce rapport a été actualisé depuis et le coût de production est passé à 59,8€ par mégawattheure (année 2013). Le coût réel n’est pas destiné à calculer le tarif à appliquer à un moment donné.

Pourquoi le coût ne correspond pas au tarif appliqué par EDF ?

La cour a pris en compte tous les coûts y compris les masqués comme la recherche publique qui ne figure pas dans les comptes d’AREVA ou d’EDF. C’est une approche qui permet de comparer les énergies.

Depuis 2010, EDF doit vendre sa production aux fournisseurs d’électricité à un tarif régulé, fixé par arrêté ministériel après avis consultatif de la commission de régulation de l’énergie. Ce tarif est supposé couvrir le coût du nucléaire soit 42 € par mégawattheure. et doit garantir aux nouveaux acteurs du marché de l’énergie le même avantage compétitif que l’opérateur historique. Mais depuis fin 2014, le prix du marché de gros, sous l’effet de la baisse des prix du charbon puis du pétrole, est inférieur à celui d’EDF. Du coup les volumes vendus se sont effondrés (baisse de 65 % entre les premiers semestres 2014 et 2015). Pour le premier semestre 2016 aucune commande n’a été passée.

Désastre pour EDF et la situation est d’autant plus dramatique que les coûts de production vont augmenter au moins 55 milliards d’€ selon EDF , 100 milliards selon la cour des comptes doivent être investis pour prolonger les centrales jusqu’à 40 ans.

Les difficultés économiques vont elles miner la sûreté des réacteurs ?

41 réacteurs nucléaires vont atteindre leur 40éme année dans les dix ans qui viennent, durée que l’exploitant ne comptait pas dépasser au départ. La quatrième visite décennale nécessitera quatre fois plus de travaux à faire, c’est une charge énorme. C’est très au delà de la capacité d’EDF d’autant plus que la crise d’AREVA alourdit encore plus ses difficultés. Il faut prévoir en moyenne 1.7 milliard par réacteur. D’un côté l’ASN promet son extrême vigilance, de l’autre, EDF assure de son absolu respect des règles de sécurité mais la réalité est moins glorieuse. Les graves anomalies sur la cuve et le couvercle de l’EPR de Flamanville n’ont été détectées que grâce au contrôle de l’ASN. AREVA n’a pas repéré ou a caché les graves défauts de son produit et EDF a démarré le montage avant la fin des essais de qualification. L’ASN travaille par sondage et ne peut être derrière chaque geste.

Plus les difficultés économiques d’EDF s’aggraveront, moins les conditions de garantie de sûreté seront réunies

Plus cher, moins sûr, va t-on retourner à la bougie, comme le suggère le dessin de Willemin dans Charlie Hebdo où on voit le cercueil d’AREVA et d’EDF entouré de 2 chandeliers et le bonhomme qui dit : Ah ils sont revenus à la bougie .. !

Références :

EDF le casse-tête d’un nucléaire moins rentable de Jade Lindgaard Médiapart 26 février 2016

Nucléaire : les difficultés économiques minent la sûreté des réacteurs de Jade Lindgaard Médiapart 24 février 2016

la cour des comptes le coût de production de l’électricité nucléaire

Charlie hebdo du 24 février 2016

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